Médico-social,
crise et projets d'établissements

Écrira-t-on différemment son projet d’établissement ?

Les établissements et services médico-sociaux ont une obligation réglementaire parmi tant d’autres : écrire et réécrire leur projet d’établissement tous les cinq ans.

Qu’ils accueillent des personnes âgées, des jeunes ou des adultes en situation de handicap, des enfants protégés, qu’ils accompagnent des personnes en rupture ou fragilisées, ces établissements et ces services traversent une crise inédite et généralisée. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions d’un choc dont on attend encore la fin, les secousses à venir et les répliques.

C’est quoi le projet d’établissement ?

C’est un document exposant le contexte de l’établissement , ses objectifs, l’organisation de ses moyens, sa vision. Il comporte une dimension descriptiveopérationnelle et stratégique. Il devient un repère et un moteur de l’action menée, il est le support des projets d’accueil ou d’accompagnement personnalisés qui sont dus à chaque bénéficiaire. Son élaboration nécessite une action construite dès le début sur un mode collaboratif et participatif, incluant toutes les parties prenantes. Il est en lien avec toutes les composantes de la démarche qualité menée dans l’établissement : évaluation interne et externe, les rapports d’activité annuels. Il prend en compte et s’articule avec les objectifs annoncés par le Contrat Pluriannuel d’Objectifs et de Moyens, s’il existe.

Le projet avait-il « prévu » la crise ?

Qu’en est-il maintenant du projet d’établissement dans toutes ces structures ? Comment ressent-on le projet institutionnel, le projet associatif, mais aussi le projet d’établissement ? Est-il caduc ou toujours à la page ?

Écrit dans la période « d’avant », avait-il anticipé ce qui est en train de se dérouler ? A le relire maintenant, avec ses objectifs ambitieux, sa proposition de services, sa définition du public accueilli, quelle figure fait-il, ce projet ?

Tout a peut-être changé

Les valeurs partagées

A commencer par les valeurs partagées : est-on sûr qu’elles le soient toujours ? Entre ceux qui sont restés de bout en bout, ceux qui ont été malades, ceux qui étaient en chômage partiel… Cette crise a ravivé dans certains établissements de façon aiguë la conscience de la finitude de la vie et la présence de la mort, que notre société a tendance à occulter. Selon le vécu de chaque intervenant, les regards sur les priorités auront-ils changé ?

Le public accueilli

Le public accueilli, lui, reste le même, mais peut-être aura-t-on constaté que des limites jusque là supportables dans les conditions « normales » ne le sont plus en mode dégradé. Les accueils de personnes dont les besoins dépassent les capacités de l’établissement et de ses équipes pourront-ils encore être envisagés, voire imposés, comme cela a souvent été le cas, au motif de la logique « zéro sans solution » ?

Les services proposés

Les services proposés par l’établissement sont-ils à reconsidérer ? Faut-il se doter de nouvelles formes d’activités, de soins ? Faut-il prévoir d’autres modes de loisirs ? A-t-on découvert d’autres besoins, plus fondamentaux, plus vitaux ? Les partenariats en place doivent-ils évoluer, faut-il investir ce qui est à l’extérieur, ou bien renforcer les moyens disponibles en interne ? Racheter un véhicule ou plutôt aménager le parc, voire le potager ?

Les équipes

Les équipes et les individus qui les composent, qui ont parfois pris à bras le corps les problèmes au fur et à mesure qu’ils se présentaient, pourraient aspirer à de nouvelles formes de hiérarchie, de modes d’organisation, de reconnaissance. Les modes de communication et de transmission de l’information seront à revoir parfois. Revalorisera-t-on le soin dans sa dimension humaine inestimable et non mesurable ?

Il n’est que de lire certains témoignages pour évaluer la portée des modifications induites et portées par les acteurs de terrain.:

“Nul doute que, de cette épreuve non choisie communément en équipe, il restera une évidente dynamique de forces collectives inscrite dans une étape de parcours singulière. Il en résultera également un potentiel accru de créativité, de coopération, de dépassement parfois de sa fonction propre de la part des professionnels d’ensemble. C’est de cette mobilisation sans failles au service des usagers, de cet engagement réel allant au-delà des repères, des références habituelles et de dépassement des « doctrines paradoxales » dont nous voulions témoigner.

L’épisode Covid-19 aura donc été un révélateur, voire un catalyseur des liens interprofessionnels dans des circonstances inédites tout en maintenant une conscience et une implication professionnelles de qualité. Il est donc évident d’écrire et d’affirmer la reconnaissance (dont on sait qu’elle ne sera pas forcément financière) qui revient aux professionnels médico-sociaux ayant fait vivre ces logiques de solidarité et d’utilité sociale durant cette crise.”

Voir : LIEN SOCIAL : numéros 1272 – 1271 – 1270 en accès libre

Les axes stratégiques

Quels axes stratégiques envisager ? S’il a été possible de renverser pendant un temps la logique gestionnaire pure avec celle des priorités humaines, pourquoi n’en serait-il pas de même à l’avenir ? Est-ce que la prudence liée au principe de précaution va trouver à s’articuler de façon nouvelle avec la responsabilité confiée aux professionnels de terrain ?

La dimension participative de la démarche

On a vu nombre de directeurs-trices, de cadres, au “front”, participant activement au nettoyage et à la désinfection quand il le fallait, accompagnant des personnes malades privées de la visite de leurs proches, ne comptant pas leurs heures pour tenir au jour le jour une organisation des moyens afin de faire face aux urgences. De même, les personnels de terrain souvent se sont dépensés sans calcul, sont devenus des sources de conseil et de réconfort pour leurs collègues, mêmes hiérarchiquement plus élevés. Les uns et les autres se sont retrouvés à prendre des décisions et à assumer des responsabilités qui ne sont pas celles de leur quotidien “d’avant”.

A l’heure de repenser le projet d’établissement, tout ce vécu sera à prendre en compte, en organisant plus que jamais la réflexion au niveau collectif. La dimension participative dans l’élaboration du P.E. a souvent été le point faible de la démarche, saura-t-on maintenant lui donner toute l’ampleur qui lui revient ?

En tant que dirigeant, cadre ou acteur du médico-social, qu’en pensez-vous ?

À consulter : le document “l’impact de l’épidémie de COVID19 dans les champs social et médico-social”, véritable bilan à chaud de l’HAS, on peut y lire entre autres une réflexion sur l’évaluation : « Le calendrier du nouveau cadre d’évaluation de la qualité dans les ESSMS doit être révisé afin de poursuivre les travaux engagés avec les 160 membres mobilisés dans les groupes de travail, d’assurer une concertation large et d’intégrer les enseignements issus de la crise. Cette réflexion s’appuiera sur l’analyse des différents retours d’expériences produits par les acteurs de terrain. »

À consulter : le bilan à chaud de l’HAS