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Écrire son Projet d’Établissement,
ça se fait « en marchant »

Écrire son Projet d’Établissement, ça se fait « en marchant »

Bien sûr, il y a l’échéance, le PE-PS, il faut le réécrire tous les cinq ans. Est-ce que tous les cinq ans, on va disposer du temps nécessaire à se poser, à formuler, à réfléchir à des axes d’amélioration, à décrire, à envisager le futur ?

Le moment venu, malgré toute la bonne volonté de l’encadrement, la mobilisation se fait à reculons. Ce temps de réflexion et d’écriture est perçu finalement comme un empêcheur de travailler en rond. Et que je te nomme un comité de pilotage, pour piloter des groupes de travail, qui plancheront à des dates données sur les thématiques essentielles. Et vivement qu’on en finisse pour pouvoir reprendre notre activité et faire face au « vrai » travail : accueillir les enfants, les familles, les personnes en situation de handicap, les personnes dépendantes.

Pour gagner du temps, on peut imaginer recourir à un intervenant extérieur, le « consultant qui sait », dans l’espoir que la rédaction du Projet d’Établissement se réalise à l’extérieur, sans peser sur le quotidien, avec le minimum de mobilisation nécessaire en interne. S’il est bien choisi, le cabinet fournira un document bien écrit, aux normes et reflétant comme il l’aura pu le fonctionnement, les principes et la stratégie de l’établissement, en accord avec les besoins de son environnement.

Cela étant, on est tranquilles pour cinq ans. Mais peut-on être satisfaits ?

Le projet d’établissement est reconnu comme un document de référence majeur pour l’établissement ou le service. (Bruno Laprie – Brice Miñana). Lors de l’évaluation de l’établissement – quelle que soit la forme que prendra cette étape de la démarche qualité – seront questionnées en premier lieu la méthodologie et la dimension participative de la démarche d’écriture.

Quelle est la valeur d’un document qui est censé représenter l’ensemble de l’établissement, sa démarche, ses choix, et qui n’aurait pas été réalisé en tenant compte de chacun·e, encadrant, personne accueillie, partenaire, etc. ?

En dehors de cet aspect administratif et légal, se priver de la dimension participative de la réalisation du PE-PS, c’est aussi un véritable gaspillage d’énergie.

Dans un premier temps, il est tentant de croire que tout ira plus vite si on ne prend pas la peine d’aller chercher les avis de chacun·e et de les confronter. Il suffirait d’affirmer quelques orientations générales, principes bateaux, auxquels personne ne trouvera à redire.

Cela va plus vite, mais cela va aussi indubitablement moins loin. Moins d’ambition, moins de vision partagée, moins d’investissement individuel et collectif. Ne communiquons pas sur nos choix, restons entre nous. L’établissement ou le service se referme sur lui-même et ancre son action sur le « on a toujours fait comme cela, pas de raison de changer. »

Le PE-PS, c’est avant tout "dire ce qu’on fait".

Tout le monde a quelque chose à dire. Le premier travail consiste à recueillir ces paroles. Que pense-t-on de l’action quotidienne ? Qu’aimerions-nous vivre ensemble ? Comment voyons-nous la mission qui nous est confiée ? Quels sont nos moments de bonheurs, de réussite, de satisfaction ? Quels sont nos espoirs ? Que pensent et que disent les personnes accueillies ?

Quelle que soit sa place dans la grille des salaires conventionnelle, chacun·e parle sans arrêt de son travail. Pour le réaliser, pour le rendre plus efficace, pour s’y soustraire parfois, pour s’en plaindre… Toutes ces informations sont la base de ce qui se vit et sont donc la base sur laquelle le projet doit se définir.

Laissons à l’intervenant extérieur la charge de faire le tri, son regard distancié lui permettra de mettre de l’ordre dans ce qui ne semble être qu’un gloubi-boulga de ressentis, de rêves, de projets inaboutis, d’analyses partielles, etc.

Mais charge à l’établissement de faire passer le message : le PE-PS, c’est vous, c’est nous qui en sommes la substance, et ce que nous faisons à chaque instant relève du projet.

Le temps de la récolte

Le temps de l’écriture du projet, c’est le temps du quotidien. Il s’agit de prélever quelques centièmes de ce temps pour dire.

Le comité de pilotage est chargé d’une véritable mission de récolte, il s’agit d’aller à la « chasse aux papillons » des idées qui traversent les réunions de travail, des manques qui se répètent, des problèmes qui résistent.

Cesser de se dire « ce n’est pas le moment ».

  • Il y a des urgences, mais ces urgences sont aussi le fond du PE-PS.
  • Il y a des besoins saisonniers : pas le temps, on organise la fête annuelle. Mais la fête annuelle est une composante du PE-PS.
  • Ce sont les vacances, les équipes ont changé, elles sont consacrées au quotidien, mais ces changements, ce quotidien, sont à citer, à articuler avec « le reste ».

Tout le monde est impliqué, le PE-PS n’est pas autre chose que le quotidien qui traduit les missions, les orientations, les engagements.

Comment organiser cette récolte permanente ?

  • Premièrement être convaincu·e de la valeur, de l’intérêt et des avantages que constitue la démarche d’écriture du PE-PS.
  • Ensuite il faut convaincre ses équipes, et aborder le sujet au quotidien avec enthousiasme.
  • Mettre en place des zones de recueil : réseau informatique, boîtes à idées, tableaux d’expression.
  • Profiter des temps de rencontre institutionnels sans les modifier, mais en précisant simplement à chaque occasion « c’est donc ainsi que nous entendons travailler ensemble, cela doit être mentionné au PE-PS »
  • Relever les paroles de ceux et celles qui n’écrivent pas.
  • Profiter des temps de rencontres informels
  • Exploiter les outils existants : cahiers de transmissions, notes, incidents…

Et tout au long de la mise en forme, permettre au plus grand nombre de suivre l’élaboration du PE-PS, et de réagir à tout moment.

L’écriture du PE-PS se fait 24h/24, 7j/7.

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