Le paradoxe autonomie / sécurité
en établissement médicosocial
en temps de pandémie

 

Image de Myriam Zilles par Pixabay 

“Nous avons choisi de désobéir”, affirme une éducatrice dans un témoignage où elle raconte comment une famille (au moins) a été autorisée à rencontrer – toutes mesures de sécurité prises, mais en défaut des consignes de l’ARS – leur fils accueilli en Foyer d’Accueil Spécialisé pour garantir son bien-être et par là, sa sécurité. Une prise de risque professionnelle assumée.

Parlons de l’autonomie au sens large, comme la notion représentative de ce qui fait passer la personne avant le résident.

Une question permanente dans toute relation d’accompagnement

Tout professionnel de l’accompagnement se pose la question : où placer le curseur entre la sécurité individuelle et collective et l’ambition d’autonomie que l’on a pour toute personne accueillie ou accompagnée ?

Comment “gérer” le paradoxe ?

Un paradoxe, ça se gère, nous dit feu-l’ANESM, et tout projet d’établissement doit anticiper la question et expliciter par avance la doctrine de l’institution à cet endroit. C’est le fameux chapitre de la “gestion des paradoxes”.

Il va falloir mettre en balance le bénéfice escompté avec la dimension du risque. L’HAS parle de “Préserver l’équilibre entre protection et autonomie des personnes accompagnées“, dans un article/appel à contribution du 9 mai 2020 relatif à la situation créée par la COVID-19.

Cet “équilibre” repose sur les épaules du professionnel en bout de chaîne de décision, face à la personne à laquelle il faudra imposer plus ou moins, autoriser plus ou moins, au risque de…

Typologie des risques

Le risque direct

  • celui que va courir la personne elle-même : mise en danger physique, psychique, émotionnel, infectieux, etc.
  • ou le risque que celle-ci va faire courir à la collectivité : depuis le trouble de jouissance jusqu’au danger d’incendie en passant par la violence.

Le risque indirect

Le risque indirect, qui est la conséquence du premier mais qui s’applique aux professionnels·les de terrain : responsabilité, culpabilité, mise en cause de la ligne définie en équipe, etc. C’est aussi la mise en cause possible de l’établissement.

La gestion du paradoxe

Dans les situations aiguës, le·a cadre de permanence sera sollicité·e. Pour soulager ses épaules, en l’absence d’un référent hiérarchique, l’intervenant·e devrait pouvoir s’appuyer sur un cadre institutionnel. Il·elle l’adaptera en fonction de son expérience, du jugement qu’il·elle a de la situation, de l’urgence, etc. :

❖ le projet personnalisé de la personne accueillie, indiquant ses capacités et ses limites, ses tendances, ses demandes,

❖ les usages de l’établissement, les consignes en vigueur

❖ les autorisations données par la personne, la famille ou le service gardien,

❖ le projet du groupe de vie, le projet d’animation, etc.

Soulignons-le tout de suite, il n’y a jamais de recette pré-établie et nous restons dans un domaine ou la subjectivité de chacun constituera un facteur clé de la décision finale.

Et donc, en situation de pandémie…

Le fameux cadre institutionnel est bouleversé : consignes difficiles à appliquer, matériel insuffisant, locaux inappropriés, absences de collègues ou même, de la hiérarchie.

La tendance peut aller alors – sans jugement aucun de ma part – vers la simplification : on va à l’essentiel, éviter la maladie, éviter la propagation du virus. Les curseurs sont déplacés, la question de l’autonomie de la personne devient secondaire.

Les professionnels vivent eux-mêmes une remise en cause des valeurs communément admises quand au niveau national la question des droits fondamentaux est mise en regard de la protection collective sous couvert d’un état d’urgence. Il est évident que l’échelle des valeurs habituellement défendues dans la structure risque d’être perçue comme obsolète.

En conclusion

Il n’est pas possible de prévoir l’imprévisible. Cependant le vécu d’une situation extrême peut avoir le sens d’un “test d’effort” qui questionne les faiblesses d’un système. Il faut en profiter pour réévaluer les mesures prises non seulement au niveau de la protection directe des personnes, mais aussi dans la dimension de l’autonomie de l’accompagnant et des éléments de réassurance mis à sa disposition. Cela inclut la réflexion a priori sans doute, à inscrire dans le projet d’établissement, peut-être aussi la maintenance d’un système de communication et de parole souple et “agile”. Cela peut poser la question du management et de la conception de l’organisation hiérarchique.

Avez-vous éprouvé cette situation ces dernières semaines dans votre établissement ? Pensez-vous changer votre organisation, reformuler votre projet d’accompagnement ?